…du Nocturne…

On trouve les origines du genre du nocturne au début du XIXème siècle en Irlande, avec le compositeur John Field (1782 – 1837) ; ces pièces instrumentales étaient essentiellement destinées aux exécutions en plein air, au soir descendant, par un soliste ou un petit ensemble. Les nocturnes pour piano de John Field, au nombre de 18, représentent un alliage de caractères très spécifique. Par leurs mouvements lents et néanmoins allants, leurs débits ininterrompus d’arpèges, par la résonance inhérente à l’instrument d’époque, ils mêlent le fluide au contemplatif. Le contexte romantique de leurs exécutions, en plein air, dans l’obscurité grandissante du soir, transcende ces caractères et l’instant sensible qu’ils installent.

Nul doute que l’atmosphère musicale dégagée par ce genre ait influencé durablement tout un pan de la musique britannique et au-delà. Outre le genre proprement dit du Nocturne que l’on retrouvera sur le continent chez Chopin, Alkan, puis Fauré, Debussy ou Boulanger, on trouve un florilège de genres imaginaires s’en inspirant, transposées au répertoire vocal. Ainsi apparaissent dès la fin du siècle Part-songs, Summer songs, To be sung on the water, etc. en abondance chez des compositeurs comme Elgar, puis Delius, Vaughan Williams ou Holst, à l’esthétique directement affiliée aux impressions ombragées et fluentes des nocturnes de Field. Deux répertoires mis en miroir…  Pour entamer cette mise en miroir, un reflet justement : celui renvoyé au chœur d’hommes chaleureux d’Edward Elgar par un chœur de femmes lointain dans une douce polytonalité. « There is sweet music here… ».

Douce musique, et déjà la présence de l’image de l’eau, miroir le plus pur où tout semble pourtant devenir flou… Puis, célébrant cette eau claire et pure, « amie à jamais fidèle », le chœur d’ondines se rapproche, au doux louvoiement du canon à trois voix de Gustav Holst. Une fois réunis, les deux chœurs célèbrent le soir d’été par la Midsummer Song espiègle de Frederick Delius. « The night is not far away… » Oui, la nuit approche, et avec elle, le deuil. Dans les bois et autour d’un semblant de tombe, une cérémonie sans pompes ni déplorations ; simplement le regard hagard des hiboux (Owls d’Elgar) et l’épitaphe soulagée d’un poète (Come away, Death de Murrill).  La nuit est tombée. Il est temps de retrouver l’onde pure, pour y chanter au rythme calme et régulier de la palme, « fendant l’onde encore et encore… ». Ce sont les résonances aquatiques de Barber et Delius, ce sont les ondulations des Nocturnes de Field et de Lili Boulanger qui nous accompagnent. Avant que toute forme ne se brouille définitivement dans l’onde, un dernier hommage à la nuit profonde, aux oiseaux maintenant silencieux et à la lune souriante, avec le poème Night de William Blake mis en musique par Philippe Mazé. Le reste de la nuit sera silence. Silence and Music, Vaughan Williams… Quant à l’éveil, il nous aurait été difficile de renoncer à une mélodie en langue française (la seule de ce programme), Après un rêve de Gabriel Fauré – sans doute l’un des compositeurs alliant le plus aisément nuit mystérieuse et flot qui passe, bref l’un des compositeurs à devoir être chanté sur l’eau, par un soir d’été.

La nuit est tombée. Il est temps de retrouver l’onde pure, pour y chanter au rythme calme et régulier de la palme, « fendant l’onde encore et encore… ». Ce sont les résonances aquatiques de Barber et Delius, ce sont les ondulations des Nocturnes de Field et de Lili Boulanger qui nous accompagnent. Avant que toute forme ne se brouille définitivement dans l’onde, un dernier hommage à la nuit profonde, aux oiseaux maintenant silencieux et à la lune souriante, avec le poème Night de William Blake mis en musique par Philippe Mazé. Le reste de la nuit sera silence. Silence and Music, Vaughan Williams… Quant à l’éveil, il nous aurait été difficile de renoncer à une mélodie en langue française (la seule de ce programme), Après un rêve de Gabriel Fauré – sans doute l’un des compositeurs alliant le plus aisément nuit mystérieuse et flot qui passe, bref l’un des compositeurs à devoir être chanté sur l’eau, par un soir d’été.

Part-Songs op.53 – n°1 : There is sweet music, Edward Elgar (1857-1934)
Round from ‘The Perfect Fool’ : Water clear Water pure, Gustav Holst (1874-1934)
Midsummer Song, Frederick Delius (1862-1934)
Part-Songs op.53 – n°4 : Owls, E. Elgar
Two Songs from Shakespeare’s Twelfth Night – n°1 : Come away, Death, Herbert Murrill (1909-1952)
• [Nocturne n°2 C minor, John Field (1782-1837)]
Two Choruses, op.42 – n°2 : To be sung on the water, Samuel Barber (1910-1981)
Nocturne pour violon et piano, Lili Boulanger (1894-1918)
Two songs to be sung of a summer night on the water, F. Delius
Two Songs from Shakespeare’s Twelfth Night – n°2 : O Mistress mine, H. Murrill
Night, Philippe Mazé (né en 1954)
Silence and Music, Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
Après un rêve, Gabriel Fauré (1845-1924) / arrangement d’Alexander l’Estrange (né en 1974)